Michel Hervé, après des études très brillantes (il fut reçu 2e au concours de l'Ecole Normale Supérieure d'Ulm en 1939, puis 1er à l’agrégation de mathématiques en 1942), est devenu agrégé préparateur à l'ENS de 1944 à 1947, puis attaché de recherches au CNRS de 1947 à 1951. Il a soutenu en 1951 une thèse de doctorat d'Etat consacrée à l'étude des applications holomorphes d'un domaine borné dans lui-même en dimension une ou deux. Il a été aussitôt chargé du cours Peccot au Collège de France. Il fut successivement professeur aux Universités de Rennes (1951-53), Caen (1953-1955), Nancy (1955-1963) où il fut le collègue de Laurent Schwartz. Elu à l'université de Paris VI en 1963, il y resta jusqu'en 1990.

Ses travaux de recherche portent sur la théorie des fonctions holomorphes de plusieurs variables complexes, la théorie de la mesure, la théorie du potentiel et des équations aux dérivées partielles elliptiques du 2e ordre. Dès 1948, il contribua à l'essor de la théorie des formes automorphes d'un domaine borné de Cn en particulier en dimension 2. Cette théorie trouva un premier achèvement avec les résultats de Jean Pierre Serre sur le sujet en 1953-1954. Ses résultats, développés de 1950 à 1963 sur l'itération des applications holomorphes d'un domaine borné de Cn dans lui-même, sont devenus des fondements de la théorie et furent maintes fois cités. Sa preuve simple d'un théorème de Gustave Choquet sur les représentations intégrales des points extrémaux d'un convexe compact fut également à l'origine de développements ultérieurs importants en théorie de la mesure et en probabilités. Il fut Lauréat de l'Académie des Sciences (fonds des laboratoires) en 1954, puis reçut le Prix Servant en 1968 et le Prix Gaston Julia en 1972. Ses travaux lui valurent également, dès 1954, des invitations pour de longs séjours à l'étranger, en particulier à l’Institute for Advanced Study de Princeton en 1957 et au Tata Institute de Bombay en 1962 où il séjourna en même temps qu'Henri Cartan. Les cours qu'il y donna devinrent des classiques comme celui sur la théorie locale des ensembles analytiques. Il dirigea les thèses de plusieurs jeunes chercheurs qui, devenus à leur tour professeurs, contribuèrent au développement de l'Analyse Complexe en France, tout particulièrement à l'Université de Toulouse, et à l'étranger.

Mais Michel Hervé était aussi un homme de dévouement attaché à la transmission du savoir et au service de l'Etat. Il a accordé une très grande importance à son enseignement et à la prise de hautes responsabilités à l'Université et à l'ENS. Son cours de fonctions analytiques à l'ENS et le livre qui en est issu contribuèrent fortement à la promotion de cette discipline.

Il fut directeur adjoint de l'Ecole Normale Supérieure de 1970 à 1980 dans une période particulièrement difficile à la suite de la raréfaction des postes à l'agrégation et à l'Université et des mutations de l'Université consécutives à mai 1968. Sa modération, sa diplomatie, son sens de la communication et de la responsabilité firent merveille dans maintes circonstances délicates et l'Ecole Normale Supérieure lui doit encore aujourd'hui beaucoup.

Il fut président de la SMF en 1981 au moment de la création du Centre International de Rencontres Mathématiques, puis directeur du Laboratoire d'Analyse Complexe et Géométrie de Paris VI de 1983 à 1990, à la suite de Pierre Dolbeault. Il développa l'outil informatique inexistant à l'époque dans le laboratoire. Il a élargi considérablement le recrutement du laboratoire avec de nouveaux membres aux spécialités très différentes. Cette politique fut poursuivie par Christian Peskine qui lui succéda à la direction du laboratoire. Elle préfigurait la création en 1994, par les Universités de Paris 6 et Paris 7 et le CNRS, de l'Institut de Mathématiques de Jussieu sous la direction de Christian Peskine.

Michel Hervé nous a quittés le 3 août 2011. Il nous laisse non seulement le souvenir d'un mathématicien brillant et subtil mais encore et surtout celui, plus rare, d'un homme de conviction, courtois, efficace, infatigable défenseur des valeurs de l'Université, à travers l'excellence de son enseignement, sa gestion rigoureuse et altruiste et son souci constant de l'avenir et de la promotion des étudiants.

Texte rédigé par H. Skoda avec la participation de P. Dolbeault et de Ch. Peskine.