Paul Malliavin, né à Paris le 11 septembre 1925, a fait des études très brillantes. Reçu au concours de l’agrégation à l'âge de 21 ans, il s'est immédiatement tourné vers la recherche en Analyse réelle et complexe. Sous la direction de Szolem Mandelbrojt, il a soutenu sa thèse d’Etat en 1954 Sur quelques procédés d'extrapolation et a été chargé aussitôt du cours Peccot au Collège de France en 1955. Professeur à l’Université de Caen (1955-62), il a été élu ensuite à la Faculté des Sciences de Paris, d’abord au Centre d’Orsay (1963-66), puis à Paris VI de 1968 à 1993.

Dès 1954, de longs séjours à l'étranger, en particulier à l’Institute for Advanced Study à Princeton furent l’occasion d'échanges, de collaborations, d’élaboration de méthodes originales autour de la théorie du potentiel et des probabilités pour aborder de manière innovante les problèmes de géométrie différentielle ou complexe. En 1959, il apporta un résultat décisif d'analyse harmonique en démontrant l'imposssibilité de la synthèse spectrale dans un groupe abélien non compact résolvant ainsi un problème posé par A. Beurling et I. Gelfand dès les années 1938-40. A partir des années 70, il a entrepris un vaste et ambitieux programme de construction d'une théorie du potentiel adaptée au calcul différentiel réel ou complexe sur les variétés de dimension finie ou infinie en utilisant les concepts les plus puissants du calcul des probabilités et de la géométrie riemannienne. S'inspirant du calcul stochastique inauguré par Ito, ce programme trouvera son aboutissement dans le désormais classique et célèbre outil appelé usuellement “Malliavin calculus” qui a encore tout récemment été au cœur d'un colloque international à Pékin en mai 2010.

Mais Paul Malliavin était aussi un grand humaniste attaché à la transmission du savoir. Il a donc accordé une importance extrême au recrutement de ses collègues à l'Université Pierre et Marie Curie et à la promotion de la vie scientifique aussi bien dans son Université que sur le plan international.

Dans son séminaire de l'Institut Henri Poincaré puis à l'Ecole Normale Supérieure, il a invité toutes les grandes figures de la recherche internationale de son domaine et a développé une école très brillante de jeunes chercheurs dont la plupart sont devenus, à leur tour, chercheurs ou professeurs des Universités.

Cette intense activité scientifique s’est traduite naturellement dans la direction de nombreuses thèses, dans ses nombreuses activités éditoriales, publications de cours et direction de collections. Elle a été couronnée par une élection précoce à l'Académie des Sciences (correspondant en 1977, il en devient membre en 1979) et reconnue sur le plan international par des conférences données au Congrès International des Mathématiciens en 1962 et 1982 ainsi que par de hautes responsabilités en particulier à l'Union Mathématique Internationale et au CNRS.

Paul Malliavin nous a quittés le 3 juin 2010. Ses travaux scientifiques laisseront certainement une empreinte très profonde et pérenne dans les mathématiques à venir. La communauté de l'Institut de Mathématiques de Jussieu et l'Université Pierre et Marie Curie perdent non seulement un très grand savant totalement dévoué à la cause de la science mais aussi sans aucun doute l'un des grands représentants des mathématiques de cette seconde moitié du XXe siècle.